frank et Jean dinde

...Rien quun bout

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Maria vs Olga

 Goa est un spot hippie des années 70, ici toute une génération de chevelus en rupture de banc, s’abandonna à l’illusion d’un éden retrouvé. Enfumés, insolés, carbonisés à souhaits, dupés par la magie du poids de leur devise, qui transforme le clochard européen en pacha des tropiques, ils s’adonnèrent à la liberté.
 Goa
 Mais une fois la fumée dissipée, les années passées et le rêve évaporé les bétonneurs et autres tours operators ont pris possession de Goa.
Aujourd’hui, Goa est un rêve en vente dans les catalogues de vacances, et les plages où roulèrent nus dans les vagues toute une génération chevelue, sentent la crème solaire et le spray anti-moustique. Le béton a envahi la palmeraie et les stands de souvenir bordent la route vers les plages. Des hordes de touristes ventripotents errent, pauvres âmes en peine, entre le bar et la cabane à frite, en quête du hale idéal.

Heureusement le touriste de masse est grégaire et casanier. Sa soif de soleil le retient sur la plage, où, en pigeon captif, il bronze, boit, mange et dort, et seules quelques plages - les plus grandes - sont devenues des usines à touristes laissant aux autres beaucoup de plages de toutes tailles entourées de cocotiers et séparées par de petits caps rocailleux, certaines ont des petits airs de petit paradis retrouvés

 Goa
 Les deux cousins assis face à face entourent Maria qui est allongée sur le dos dans le sable. Elle a les yeux clos, un sourire extatique aux lèvres. Ils se regardent, puis dans un même mouvement, se tournent vers elle. C’est une jolie plante russe, longue, fine, presque menue, avec de petits seins cachés – plutôt soulignés – par un maillot, un minuscule bout de tissu aux couleurs pastels. Jean prend l’initiative. Il tend la main vers le cou gracile de la fille et tirant une des extrémité, défait délicatement le nœud. Les ficelles tombent sur sa poitrine entraînant le bout d’étoffe, qui révèle les petits seins russes – deux petits bonbons rose.
La face des cousins s’éclaire d’un sourire gourmand. Ils échangent un regard complice où l’on peut lire l’appétit des fauves.
Ils pensaient, comme ils l’avaient fait avec la vieille Bénarès, devoir déshabiller la Goa, qui – ils en étaient sûr – était une fille, jeune, pale, seules quelques roseurs due au soleil assombrissait sa peau d’albâtre, et peu farouche : une gazelle goulue.
Maria, qui sait la suite, se retourne, non sans leur lancer un sourire mi défi mi désir, où ne manque que l’innocence. Reprenant l’épluchage, ils se tournent pour se placer en face du bas du corps de la naïade, mais aussi pour décoincer la raideur qui les entrave.
Ils encadrent maintenant les hanches de Maria, qui se tient sur les coudes la tête baissée vers le sable en position de soumission. Ses cheveux coulent sur sa nuque et en suivant sa colonne vertébrale on arrive à une région dodue et vallonnée, puis, suivant son sillon, on poursuit par ses longues jambes qui pointent vers la mer.
Frank s ‘arrachant à la contemplation : « t’es prêt ? », ce à quoi Jean, qui trépigne presque répond « pour sûr mon gars. »
Alors dans un même geste ample et plein d’emphase, ils tendent leurs mains droites vers les petites ficelles qui retiennent sur les hanches de Maria son petit maillot. Toujours de concert, ils tirent lentement sur le nœud qui cède avec envie. Maria relève, extatique, la tête en arrière dans un geste qui fait trop penser au plaisir pour ne pas en être. Le petit bout de tissu hésite un instant : Frank ou Jean, puis, comme pour n’en vexer aucun, choisi le milieu. Il coule le long de la raie de Maria, révélant deux petites pommes blanches et douces, soulignées par la différence du hale.
Les compères ont les yeux exorbités, le souffle court, et pour ne pas sauter sur la jeunette, ils la prennent par la main et l’entraînent, comme ils peuvent (une raideur encore les encombre) vers la mer, les rouleaux et le couchant, pour batifoler dans l’eau…
L’eau qui leur rafraîchit les idées, mais aussi leur ouvre les yeux : la Goa s’appelle en réalité Olga. Elle n’est pas la gazelle qu’ils imaginent : elle a la peau tannée par le soleil, les cheveux filasse, sa chaire, usée par des années de débauche, est flaccide, et, venant de Fayence, a un accent rocailleux. Olga qui erre depuis plus de trente ans sur les plages de Goa n’est pas - même si elle le fut - une bombe mais plutôt une vieille morue trop salée.
Les cousins, qui ont aussi pas mal écumé la vie, se retrouvent dépités et un poil maussade,
chacun une ficelle à la main regardant la mer, qui soudainement ne leur fait plus envie.