Le Madazine des Madalascars

...Frank et jean en Lémurie

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Sur la route de Majunga

 enfants Sur la carte, la chose parait simple : 238 km de route. Jean Paul les avait prévenus qu'une portion de 40 km n'est pas encore achevée. Mais ils n’arrivent pas à avoir beaucoup plus de précision sur la durée, les
estimations variant de 8 à 20 heures, et encore plus de flou quant aux horaires : demain.
Prudents, ils décident de faire une étape au milieu à Antsohihy (Antsoui).
 Les trajets sont prétextes à rencontres. A Ambaja, ils sont intrigués par un vaza maugréant dans le taxi-brousse. Un peu plus tard, au terminal de la ville, ils sont en train de manger dans une gargote, il passe. « Eh vaza ! », les malgaches sont pliés de rirent, voyant des vazas s’appelant vazas. Il les rejoint et se raconte : Il en a marre de se faire agresser chaque fois qu’il sort d’un transport. De devoir tout négocier. De ne rien comprendre. Son sac est trop lourd, en plus on lui a volé son portable et appareil photo. Il veut rentrer. Ils sont gentils et souriants, le pays est beau, mais il en a marre. Il est le premier a leur tenir ce discours, c’est vrai aussi qu’il n’a pas l’air à son aise, et ne sais même pas commander à manger à la gargote.
 gargote

 La première partie du trajet Ambanja - Antsohihy se passe sans souci : le minibus part une heure après l'horaire annoncé, et n'étant pas plein, le trajet en est même agréable. Ils y font la connaissance d'un fonctionnaire de l'ANGAP, le ministère de l'environnement, Roger. Il est directeur d'une réserve fraîchement muté à Mahajanga. Il est moralisateur par vaza-morphisme, et ne quitte jamais un air triste que sa mollesse exaspère.
A chaque ville traversée, le chauffeur s'arrête devant la « guérite » d'un policier, et descend le voir. Ce qui semblait n'être qu'un contrôle un peu vain, est en réalité une taxe pour le bien être des fonctionnaires.
Roger ne parle que de son travail, rejette la faute du déboisement dont souffre Mada, sur ses concitoyens, "ils ne sont pas conscients, il faudrait réprimer plus sévèrement." mais pendant sa tirade, il jette bouteilles et sacs plastiques par la fenêtre. Quand Jean le lui fait remarquer, il répond que c'est sans importance. Il profite très "pédagogue" de chacun des incidents qui jalonnent le trajet pour pontifier, conspuant l'égoïsme de chacun, tentant de démontrer ainsi sa hauteur de vue. Y'a des poutres dans l'oeil qui se perde . (Jean :  est ce un effet du déboisement ?)

Antsohihy, n'est qu'une bourgade sur le chemin. Ils y font halte pour la nuit. Pas grand chose à voir, ou faire. Ils traînent de gargote en gargote. Discutent avec quelques Malgaches. Ils ne sont pas les seuls blancs à Antsohihy, "ya Vaza Gaudin, qu'habite vers colline, il y a aussi vaza Colas" (les ingénieurs de la colas, qui travaillent à l'entretien de la route) et quelques autres vazas, pas beaucoup, mais surtout cachés. Mais ils ne s'y sentent pas à leur aise, leur présence semble incommoder. Qu'importe ce n'est qu'une étape. Au bar de leur hôtel, le Renaissance, le barman est un fan de Diams, dont il passe le DVD en boucle, ils se réfugient dans leur chambre.

 bar
 Le lendemain, le départ est annoncé à midi, ça tombe bien, ils libèrent à chambre à midi, et sont donc à la station de bus peu de temps après. Une fois le billet pris et les bagages chargées, tout devient plus flou. Le bus disparaît. Ils attendent dans la chaleur. Le bus revient, agitation, palabres, puis il repart. L'heure tourne. Ils sont accablés de chaleur, et tournent en rond. Roger arrive, et d'entrée se plaint des artisans : « menuisiers, taxis, maçons etc. ne sont qu'hypocrites, qui nous mentent. ». Quand arrive enfin l'heure du départ, il est 15 h passé, ils  montent dans le mini bus, et s'aperçoivent que Roger les a blousés pour avoir la meilleure place.
Dans un mini bus il y a en principe 14 places, 3 banquettes défoncées de 4 places, et devant : le chauffeur plus deux passagers. Mais il y a qu'une seule bonne place. Sur la banquette du fond, on est ballotté, on sort difficilement aux arrêts, mais les sièges y sont bons. Les rangs du milieu,qui sont munis de strapontins ont l'avantage de permettre la sortie, mais les strapontins en font 3 places et demi, qu'il faut se partager à quatre, de plus c'est les premières occupées en cas de surcharge. Reste la banquette avant : à coté du pilote, on est assis sur le moteur, donc ça chauffe. La place reine étant celle sur la banquette coté fenêtre qui est spacieuse, confortable, aérée et de plus la seule ou l'on peu se distraire en regardant défiler le paysage. Nous sommes relégués sur la deuxième banquette, heureusement nous n'y sommes que trois.
Nous roulons sur une route goudronnée parsemée de trous que le temps creuse, obligeant le pilote à d’incessantes décélérations. Le passage récent d'un cyclone et les inondations qui s'en suivirent ont emporté quatre ponts, nous obligeant à passer à guet. Au bout de trois heures de route, à la tombée de
la nuit, c'est la pause. Ils grignotent.
 etape de nuit
Au départ, ils sont deux de plus, qui vont s'entasser avec nos cousins, ils sont cinq agglutinés à se partager la banquette et le strapontin. Le goudron disparaît peu à peu, la piste n'est plus que trous et bosses, qui paraissent sans fond avant que la lumières des phares ne les remplissent. Pour ménager le véhicule autant que ses passagers, le pilote aborde chaque trou en première. Quand le bus plonge dans l'ornière, ils sont tous précipités les uns contre les autres, s'accrochant comme ils peuvent. Puis à la sortie ils sont projetés de l'autre coté, avant que le bus ne replonge dans le trou suivant.
Tous souffrent mais personne ne moufte.
Nous avançons au pas. Il leur faut même sortir du bus pour que celui-ci franchisse un passage difficile. Trois heures de se régime pour faire à peine quelques kilomètres. Enfin le bus s'arrête dans un village. Tous se ruent dehors, s'étirer, se masser, respirer. Le chauffeur en profite pour nettoyer le filtre à air. 
 
 stop
 Jean, plus pour tuer le temps que pour prendre des photos, fait quelques panos. Provoquant la curiosité des gamins. Faut dire que sa technique de prise de vu surprend toujours et amuse souvent (Jean : c'est un avantage, car elle me permet d'échanger un sourire avec les gens et de pouvoir ensuite les photographier plus facilement, de plus, comme je fais un balayage de droite à gauche, les gens se sentent moins visés). Tout les gamin dévisagent Jean, il fait quelques photos, sous leurs regards curieux. Puis l'un des enfants, plus hardi que les autres se lance et timidement murmure : « donne moi de l'argent. - Non. Je ne donne pas d'argent. ». Alors les autres, enhardis, un par un s'aventurent : « comment tu t'appelles ? quel est ton âge ? tu viens d'où ? » et autres phrases apprises à l'école. Jean pour répondre à cette assaut de curiosité, sort son appareil et prend les enfants en photo.
 enfants
 Ceux ci d'abord effarouchés, veulent voir. Jean montre, puis profite : « on fait une photos ? » et se met à genou en face d'eux. Les enfant s'attroupent autour de lui, criant, poussant pour être dans le champ. Il mitraille. « vous voulez voir ?» il leur montre la photo. Les gamins s'entassent autour de lui, les plus petits devant (Jean : je ne sais ce qu'ils pouvaient voir, mais dés qu'un en reconnaissant un autre il criait son nom, provoquant les cris des autres.) « on recommence ? » et ils font une autre séance.

Mais il faut repartir. Ils montent dans le minibus. les heures avancent difficilement, Il sont ivres de fatigue, les cahots de la route les empêchent de fermer l'oeil. Jean voit des monstres tapis dans l'ombre des phares. Il scrute la nuit cherchant l'arrivée qui vient pas. Même le temps n'avance plus. Le chauffeur, est à bout, il s'arrête incessamment pour s'arroser la tête, boire des cafés ou simplement s'aérer.

 gargote nuit
 Les minutes succèdent aux minutes, les mètres au mètres, seuls les kilomètres s'y refusent. Et le temps n'avance toujours pas.
Les faubourgs apparaissent, la lune, pleine, roussit puis disparaît quand bus s'arrête en ville, Il est cinq heures. Ils sont arrivés. Tous de joie se précipitent dehors, le plaisir du calvaire enfin terminé efface toutes les peines.
Il sont à Mahajanga. Les boules !