Panama

Jean en Amérique Latine

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au-dessus du Mont Blanc

 Je suis dans le bus. J’aime bien les bus. J’aime ces expériences hors du temps, confiné et tendu vers la destination, endurant stoïque cette épreuve obligée, à regarder défiler les paysages grandioses. À chaque voyage, j’essaie de retranscrire en photo cette impression de vertige – mais sans succé à ce jour – je vais essayer avec les mots.
Andes
Abancay
est derrière nous depuis plus d’une heure, la route est devenue chaotique, parsemée de pierres qui font sursauter le bus, et nous avec, de violents petits coups. Rien à voir avec la piste Malgache, faite de trous ronds et profonds. Non ! ici ça trépigne : de petites saccades sèches comme de coups de triques, avec de temps en temps un heurt si violent, qu’il oblige à crisper ses abdos - à en avoir mal - d’autant plus que je suis sur le banquette arrière, et le retrait par rapport à l’essieu fait bras de levier, multipliant l’impact des chaos. Un virage sur deux, j’ai le privilège d’être aux premières loges, et je me délecte de cette sensation : voir la roue frôler le précipice. Entre plaisir et angoisse. Au fait, j’ai oublié de vous dire, en consultant mes doc, je viens de voir que je suis passé au-dessus du Mont Blanc, non qu’il y ai un raccourcis vers les Alpes, mais peu avant Oroya, nous avons franchit un col à 4818 m. 12 m au-dessus du mont Blanc. Et je ne me suis aperçu de rien !!!!
Ici ni l’horizontalité, ni la ligne droite n’ont court. Sur la route, dans chaque virage, on voit le suivant assez proche (200, 300 m), qu’on atteindra dans quatre à six kilomètres, et ainsi de suite. Des champs accrochés aux pentes, avec de temps en temps un paysan indien courbé sur sa terre, ou une vache en train paître. Ya plus cool comme vie.
Andes
Arrivé vers le col, le paysage s’arrondit, avec au loin des sommets acérés et enneigés. Puis la descente peut commencer. Chaque virage se négocie au millimètre, et au pas. Je regarde la roue qui frôle le vide, avec un nœud au ventre. D’où je suis placé, je vois bien la roue et le précipice. Soudain, une grosse pierre sous la roue se détache et tombe. Le bus, qui était en appui sur la pierre, s'affaisse d'un coup. Une deuxième pierre emportée par le poids du bus tombe. Le bus penche de plus en plus. Les passagers comprenant la situation hurlent, certains se précipitent vers les fenêtres du côté de l’abîme, déplaçant le poids vers la chute. La roue arrière droite tourne pitoyable dans le vide. Le chauffeur accélère pour remonter le bus, mais celui-ci sans appuis, glisse lentement. Une autre pierre se détache et le bus bascule. Je réalise la situation, et tandis que le bus entame sa chute, que tous hurlent, dans un reflex débile, je saisis l’appareil et je fais un ultime pano. Le bus fait des tonneaux dans le vide, rebondissant sur la falaise, et nous précipitant en tous sens. Un gros choc, un fracas énorme, puis c’est le noir.
Je me réveille, je suis dans un lit dans un hôpital. Je me palpe : vivant et entier. J’ai mal partout, mais visiblement je ne suis pas cassé. Une infirmière arrive et m’explique, que les secours ont trouvé l’arrière dus bus accroché à la falaise, avec ses passagers encore sur les sièges. L’autre moitié du bus broyé 400 mètres plus bas. Il n’y a que 5 survivants, les passagers de la banquette arrière. Ironie, ce sont les places les plus pénibles, donc celles achetées en dernier.
Je vous livre le pano pris pendant la chute.
noir
J’avais oublié d’enlever le cabochon. C’est con….