Panama

Jean en Amérique Latine

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El fotografo loco

 Le Perou est infundibuliforme, et Aguas Calientes en est le col, ce qui veut dire que quiconque pose un pied au Pérou, ira inéluctablement - les lois de l’attraction - à Aguas Calientes. Non pour elle, qui n’est rien et n’existerait pas sans lui, le fameux Machu Picchu. Le Machu Picchu est une citée Inca, dont on ne connaît pas le non. Le Machu Picchu est le mont au flanc du quelle elle est sise (Machu signifie grand et Picchu, mont), Mais l’histoire et la situation de cette citée en ruine en font l’une des sept merveilles du monde (d’après l’UNESCO), mais aussi et surtout une affaire très rentable (mais pour qui ?)
Je suis dans le train qui y va à Aguas Calientes. Il est célèbre pour ses zig-zags : n’ayant pas assez de place pour tourner, ses concepteurs ont décidé de lui faire changer de sens. Contrairement à ce que j’imaginais, il ne fait pas son ballet sur les pentes escarpées menant au site, mais pour sortir de la vallée de Cuzco. Ce train est avant un bon bizness : il est quasiment le seul moyen de se rendre à Aguas Calientes (on peut rejoindre Ollaytambo en véhicule puis au moins six heure de marche pour Aguas), et de ce monopole il abuse : le prix pour un aller-retour de quelques kilomètres est de 46 $ pour les wagons back-paker et 75 $ pour le VistaDome, des wagons avec des fenêtres au plafond permettant de voir les cimes .
Train du Machu pichu
Il existe des rames moins chères, mais exclusivement réservées aux péruviens sur présentation de la carte d’identité, et lui-même n’est pas donné. Ce train est la propriété d’une compagnie anglaise, qui augmente régulièrement et excessivement ses prix. Arrivée à Aguas Calientes, dès la descente du train, c’est la curée : tous les touristes et ils sont légion sont harcelés par une horde de d’hôteliers racoleurs. Ensuite la découverte du village à de quoi surprendre : Ce n’est qu’un immense centre commercial, vendant tout mais surtout rien au touristes : breloques, chapeaux, tee-shirt, artisanat ringard, porte-bouteille, etc. et des restaurants comme s’il en pleuvait. Le Jeannot, si réfractaire au tourisme et ses manifestations, est évidemment atterré. Il a du mal à garder son ironie. Il en est à se demander s’il a bien fait de venir voir ces vieilles pierres. Certes le décor est majestueux : des montagnes acérées, dont les flancs verticaux sont couverts d’une jungle épaisse, auxquelles s’accrochent des nappes de brouillard. Mais les musiques toutes beuglantes s’échappant de chacun des multiples restaurants, dont chaque rabatteur est une agression, tuent le charme du lieu. - Tu l’as voulu : tu dois boire le calice jusqu’à la lie.
Machu pichu
Pour aller d’Aguas Calientes au Machu-Picchu, deux moyens : le bus ou les pieds. Un sentier escarpé et balisé permet d’accéder au site. Pour échapper à la nasse et sortir de la masse, J’opte pour les pieds. Réveille à 4 heures pour pouvoir être dés l’ouverture, dans la lumière du levant, sur le site. Désinvolte comme toujours, j’y vais sans même lire le topo dans le guide. Je pars dans le noir, avec une lampe que m’a prêté une touriste rencontrée la veille. À la sortie du village, je prends à gauche, ça me semble évident, les trains arrivant de la droite (logique). Je dépasse la gare des bus, une cinquantaine de bus rutilants, je commence à peine à douter que les premier panneaux indiquant le chemin apparaissent. Cool. Le chemin est plus un escalier qu’un sentier, mais il monte méchamment, et son ascension est une épreuve.
Machu pichu
La montée prend bien une heure et demi, et j’arrive en nage à l’entrée du site en même temps que les premiers bus, mais je suis en joie, l’effet de l’endorphine autant que celui du bédo, fumé en chemin. Évidemment y’a la queue, mais je suis dans les premiers. L’entrée dans le site se fait par le bas, et il faut ensuite prendre un sentier qui zigzag sous les arbres. Puis, d’un coup, nous débouchons sur le site. C’est un choc. Devant nous la ville en ruine, encore déserte, avec derrière le Wayna Picchu (le petit-mont : wayna signifiant petit). C’est la photo hyper connue. Tous se ruent vers le promontoire pour s’y faire photographier devant le site. C’est le rituel obligé, et malgré mes réticences aux rites touristiques, je m’y fait tirer le portrait.
Machu picchu
Puis la foule se disperse dans le site. J’erre entre les pierres. Bien que l’archéologie ne soit pas mon fort, je ne peux m’empêcher de me poser des questions sur les Incas : quelle idée que de venir ici, ils étaient cons ou fous, en même temps qu’elle prouesse que cette cité perchée, ils étaient fous ou cons.
Je fais quelques photos, mais l’exercice est assez convenu : tout les chemins mènent au Picchu, et tous ramènent les mêmes images : les photos du Machu Picchu se ressemblent toutes, seule la lumière change, en plus aujourd’hui c’est pas ça.
Machu pichu
Mais le Jeannot a de la ressource, et pour sortir des chemins tous tracés, il s’y connaît le bougre : voici quelques images comme on en voit peu.
Machu pichu
ou encore celle là
Machu pichu
Mais faire des images inédites et étranges ne veut pas dire en faire de belles. Je continue donc ma quête et tombe sur l’entrée du Wayna-Picchu : Il est possible de monter sur le pic rocheux qui surplombe le site. Seules deux salves de deux cent personnes peuvent y aller, il faut s’inscrire et faire la queue. J’ai raté la première, mais serais dans les premiers pour la deuxième.
Un escalier de pierres grimpe jusqu’au sommet, parfois un câble ou une rampe aident à l’ascension, mais généralement rien. Si ce n’est pas difficile, c’est par contre parfois terriblement vertigineux : Tant que je regarde mes pieds ça va, mais si, pour faire une photo, je regarde le vide, je suis pris de vertige, et pour repartir, je dois me tenir aux à la falaise, il m’arrive même de marcher à quatre pattes, comme si je n’étais plus capable de tenir debout. Mais je ne suis pas le seul dans ce cas, peu même échappent au vertige, et certains n’arrivent pas jusqu’en haut. Ils sont fous ces Incas.
Mais le plus fou, c’est juste avant le sommet : ils ont construit une maison, avec quelques terrasses pour jardiner suspendu dans le vide – les tomates ont-elles le vertige.
Machu pichu
Le sommet n’est pas une pointe acérée, et l’on pourrait s’y reposer tranquillement en profitant du panorama, si l’on n’était pas tracassé à l’idée de la descente, qui paraît encore plus ardue.
J’ose à peine me tenir debout, mais le devoir me pousse et fais quelques panos, et je brave le vertige et mitraille. Comme à chaque fois, ma technique étonne, surprend et provoque des sourires qui sont prétextes à rencontres. Ce coup ci ce sera quatre jolies chiliennes, qui veulent absolument la photo.
Machu pichu
La descente est finalement beaucoup plus facile que la montée, d’autant plus que je la fais avec mes nouvelles amies. J’en profite pour essayer de rendre le vertige en image, et je cois y avoir réussi.
Machu pichu
La Machu-expérience Picchuienne m'a tellement emballé, que je décide de remettre le couvert, et reste une nuit de plus à Aguas Calientes.
Le lendemain, la météo fait des siennes, il pleut sur Picchu, la lumière n’est pas au rendez-vous.
Machu pichu
Qu'importe le temps, j'ai mon appareil, et m’amuse de ma nouvelle technique pour produire quelques images assez folles.
Machu pichu
Le soir dans le village tous me reconnaissent et me salut, je suis devenu "el fotografo loco", aussi fou qu'un Inca.


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pour ceux qui n’ont pas lu les Chants de Maldoror, ou cette entrée du Larousse, cela signifie : en forme d’entonnoir